Samedi 6 février 2010 à 1:02

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Il y a une phrase qu'elle m'a dite un jour, et qui me revient souvent en tête, ces derniers temps... Elle m'a dit, un jour: "J'aimerais bien qu'un jour, tu m'annonces que tu es amoureuse..."  Cette phrase a déjà fait l'objet d'un article. Elle va faire l'objet d'un second.

Non, je n'ai toujours pas matière à lui annoncer la bonne nouvelle. Même si je viens de relire tous mes articles, publiés ou non, qui parlaient de lui. Et même si, avant ça, j'ai relu tous les messages de Teen J. qui parlaient aussi de lui, y compris celui où elle m'a annoncé la soi-disant réciprocité de ce que je refuse d'appeler des sentiments, et qui a curieusement l'air de moins en moins vrai... Non, je ne suis pas amoureuse d'un type que je ne connais pratiquement pas. Mais pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression que ça pourrait venir. Un jour, j'ai dit:

« "J'aimerais bien qu'un jour, tu m'annonces que tu es amoureuse..." Mouais. Si je le lui annonçais, m'étonnerait fort que ça lui fasse plaisir. Qu'est-ce qu'elle veut que je lui dise? Que je l'ai encore et toujours dans ma putain de peau jusqu'à avoir par moments envie de l'arracher? Que même en m'étant fait une raison, je suis incapable d'éprouver quoi que ce soit pour d'autres personnes qu'elles? Que, même si je ne la veux plus, elle, je n'en veux pas d'autre pour autant? J'avais réussi à combler une première fois le vide que sa place vacante avait laissé dans ma vie. Elle a réussi à s'y nicher de nouveau, pour finalement repartir. Je ne veux plus combler cette place; peut-être que la savoir à pourvoir lui enlève la tentation de l'occuper de nouveau. Elle ne veut pas l'occuper elle-même, mais ne veut y savoir personne d'autre. Et je veux exactement la même chose. Pas elle ou personne. Ni elle, ni personne. J'ai un putain de coeur, en fin de compte. Facile à briser et, ce qui est plus douloureux je crois, facile à recoller. Mon amour propre aurait préféré que les plaies restent ouvertes. Mon amour pour elle en a décidé autrement. Je suis guérie et ne veux pas l'être.
Et je me demande de quoi je souffre.

»


Eh bien, amis, je ne souffre plus.
J'ai l'insigne honneur de vous annoncer que mes amours adolescentes ont finalement été exorcisées, que mon amour propre a enfin eu voix au chapitre, que mon amour pour elle est désormais entièrement consumé, et que les cendres ont été balayées par je ne sais quelle salvatrice tempête.
Quant à l'autre grand imbécile qui était là pour guider mes premiers pas à côté du fil de rasoir sur lequel j'ai marché de douze à quatorze ans, ah, oui, je l'ai retrouvé... Et j'ai compris des choses. Et ce coup-ci, c'est lui qui m'a perdue. Définitivement. J'ai fait un grand ménage. Ces gens que je croyais essentiels à ma vie, lui dont je me suis languie pendant quatre années sans m'expliquer sa disparition, et qui en fait n'est qu'un pauvre taré masochiste complètement stupide... Elle, à qui je souhaite tout le bonheur du monde mais auquel, même si je le pouvais, je ne voudrais surtout pas prendre part...

Tout ce que je veux maintenant, c'est vivre. Sans dépendre de personne. Sans m'isoler pour autant. Avoir des rapports sociaux et affectifs à peu près sains. Ne plus servir de psychothérapeute à une brochette de graves névropathes sous prétexte que je les aime. Ne plus me laisser phagocyter, parasiter, envahir. Avoir suffisament de place en moi pour moi, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps.

Débarassée de son spectre, je l'ai vu lui. Débarassée de son ombre, j'ai été visible à ses yeux. Je me construis maintenant, trop tard, tout ce qui aurait dû s'opérer en moi au début de mon adolescence s'opère maintenant, avec les peurs inhérentes à l'entrée dans l'âge adulte, je suis jetée dans la cour des grands sans passage préalable par le bac à sables... Je peux dire merci à tous ces cons pour ça. Mais ce serait leur accorder beaucoup trop de crédit. Alors je leur dis simplement merde. Et je vais de l'avant.


Image: Ashes by Basistka
Musique: Cinema Strange - Speak, Maurauder!

C'est Old-Luck-Oie qui l'a dit.

Dimanche 31 janvier 2010 à 2:57

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« Once I wished for an Angel and...  »

Permettez-moi de vous présenter mes deux dernières-nées, j'ai nommé Kallis et Eli. Un autre miracle de Paint Tool SAI. Et quand je dis miracle, je parle du bon gros vrai miracle, parce que vous allez me dire: la colorisation est juste bien nulle. Certes. Mais si maintenant je vous dis que le dessin n'a été ni encré ni scanné, mais que la couleur a été appliquée sur une photo d'un croquis élagué... Voyez plutôt:

 
http://old-luck-oie.cowblog.fr/images/KallisEli2.jpg

Alors je ne sais pas ce que vous en pensez, mais in my opinion arriver à avoir une colo presque nette à partir d'un truc pareil (avec qualité d'image naze, éclairage à la lampe économique, résolution pourrie et tremblotte des mains), c'est ce que j'appelle un Miracle de Paint Tool SAI. Et de l'ami Genius, quand même, qu'on ne l'oublie pas.



Images: Kallis & Eli par moi.
Musique: Curve - Doppelgänger + Curve - Lillies Dying (l'hymne des deux demoiselles)

C'est Old-Luck-Oie qui l'a dit.

Mercredi 27 janvier 2010 à 23:05

Point ne me suis faite enfler, ce coup-ci. Ceci est bien le début de ce... Euh... Récit? Et les trois autres articles portant le même titre en sont la suite. 

A la fin de l'entracte, Vivien eut du mal à retrouver le chapiteau, et pour cause: l'on avait entièrement retiré, durant l'absence du public, la toile qui le recouvrait. La piste se résumait désormais à un cercle de sable doré entouré de gradins de bois sommairement peints en rouge, et brillait comme un soleil miniature dessiné là pour défier la noirceur du ciel nocturne. Peu à peu, les gens reprenaient place, et Vivien se fraya en louvoyant un passage jusqu'au banc le plus haut, où elle prit place, adossée à l'un des piliers de fonte qui soutenaient habituellement la toile. Les gens bavardaient autour d'elle en attendant la reprise du spectacle. N'ayant elle-même aucune sorte de compagnie avec laquelle deviser de ce qu'elle avait vu, et de ce qui restait à voir, elle méditait silencieusement la question en grignotant distraitement une pomme d'amour. « Le clou du spectacle », avait annoncé le bien nommé Igel White; à voir. Jusqu'ici, elle avait trouvé que le cirque ne se défendait pas mal, sans être pour autant particulièrement impressionnant. « Bah, se disait-elle, sans doute cela suffit-il pour émerveiller le londonien moyen, qui a voyagé, au plus loin, jusqu'en France... Mais pour moi qui ai vu de mes propres yeux les fakirs indiens, les acrobates chinois exécutant la Danse du Dragon, les charmeurs de serpent du Sahara... Tout cela est tristement banal. » Quoi que cela fût contraire à ses principes, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine forme de mépris pour cette petite bourgeoisie ignare qui s'extasiait devant des éléphants domptés saisissant divers objets avec leur trompe, alors qu'elle-même, à l'âge de seize ans, avait traversé la jungle birmane sur le dos de bêtes semblables, à ceci près qu'elles étaient à peine accoutumées au contact de l'Homme. Ce qui les extasiait tous, elle en était revenue depuis longtemps. Aussi se demandait-elle, avec déjà une petite idée sur la question, ce que White pouvait bien essayer de vendre au public avec son « clou du spectacle ». Ce devait assurément être imposant, puisque cela nécessitait que l'on ôte la toile qui recouvrait le chapiteau, mais Vivien savait par expérience qu'imposant n'était pas nécessairement synonyme de grandiose. Avec un petit sourire légèrement condescendant, elle écoutait d'une oreille absente les pronostics enthousiastes des spectateurs qui l'entouraient.

C'est Old-Luck-Oie qui l'a dit.

Mercredi 27 janvier 2010 à 23:03

Igel White ne tarda pas à réapparaître au centre du cercle de sable, étrangement incolore dans son habit bariolé de Monsieur Loyal. Sa bouche outrancièrement maquillée de rouge souriait largement, mais, dans l'ombre de son haut-de-forme, ses yeux délavés demeuraient fixes et froids, comme deux échardes de glace fichées dans un masque d'opale. « On dirait les yeux d'un mort », se dit Vivien, et elle ne put réprimer le frisson qui dévala son échine. Soudain nerveuse, elle se mit à mordiller machinalement le bâtonnet de bois qu'elle tenait toujours dans sa main, bien que la pomme d'amour qui était fichée dessus en ait disparu depuis longtemps. Bien qu'elle craignit de croiser le regard du maître de piste, elle ne pouvait en détacher le sien. Comme lors de leur première entrevue, elle ne put s'empêcher de noter à quel point ses courts favoris blancs juraient avec son visage dépourvu de la moindre ride, ni d'être troublée par la fixité glaciale de ses yeux d'un bleu de porcelaine, ou encore par la pâleur diaphane de sa peau. Elle réalisa à quel point il lui faisait peur, et aussi – elle frissonna de nouveau à cette seule idée – à quel point elle était irrésistiblement attirée par lui, par le sulfureux parfum de mystère qui l'enveloppait, comme une phalène subissant sans pouvoir y résister l'appel impérieux des flammes. La gorge nouée, elle le regarda se placer au centre de l'arène et s'incliner avec toute la distinction qui seyait à un gentleman.

« Mesdames et messieurs, votre attention, je vous prie », commença-t-il. Là où n'importe quel Monsieur Loyal aurait claironné et tonitrué son annonce, White s'exprimait d'une voix claire, grave, si douce qu'elle en était presque feutrée. Vivien aurait pensé que le public ne l'aurait même pas entendu, mais la tactique de l'orchestrateur du cirque eut un effet totalement opposé; la foule massée sur les bancs écarlates se tût instantanément pour l'écouter. Vivien elle-même, assise assez loin de la piste, dût tendre l'oreille afin de l'entendre.

« Mesdames et messieurs, reprit-il, vous avez tremblé, vous avez ri et pleuré tout au long de cette soirée. Et sans doute ne verrez-vous plus jamais certaines choses de la même manière en quittant ce cirque. Mais ce qui va se dérouler à présent sous vos yeux dépasse tout ce que vous avez pu contempler de plus fantastique, y compris dans vos rêves. L'homme qui va maintenant entrer en piste a appris les arcanes de son art auprès d'artificiers et de saltimbanques chinois. Comme tous les autres artistes de ce cirque, allez-vous me dire, il a beaucoup voyagé et appris à faire des merveilles dans d'occultes circonstances, au cœur de lointains pays. Oui, vous répondrai-je, vous avez raison. A ceci près que lui l'a vraiment fait. »

Des rires s'élevèrent parmi le public. Igel White les laissa s'estomper, un petit sourire satisfait aux lèvres, puis poursuivit:

« Mesdames et Messieurs, ce qui va suivre à présent vous réunira tous, j'en gage, dans l'émerveillement comme vous ne l'avez jamais connu, que vous soyez petits ou grands, sceptiques convaincus ou irrémédiablement crédules. Je vous demande d'accueillir le Magicien aux Doigts de Souffre... Ce soir, le Monstrueux Cirque White vous donne Leyd, l'Homme-Dragon! »

S'inclinant de nouveau, il s'effaça dans l'ombre sous les applaudissements nourris du public.

Pour des raisons qu'elle avait du mal à discerner, Vivien s'était imaginé l'Homme-Dragon comme un formidable colosse dont l'aspect en lui-même aurait été spectaculaire, mais, lorsque Leyd fit ses premiers pas sur la piste, elle réalisa à quel point elle avait été sotte d'imaginer, ne serait-ce que durant une seconde, que son sobriquet avait quoi que ce fut à voir avec son physique. Plus intriguée qu'elle n'eût aimé l'avouer, elle focalisa toute son attention sur le jeune homme qui foulait le sable de ses pieds nus, le visage fermé, indéchiffrable, regardant dans le vague, devant lui, comme s'il avait été seul au cœur du chapiteau découvert, exécutant mécaniquement des gestes maintes fois répétés. S'il était plus âgé que Vivien, ce ne devait pas être de beaucoup. En lieu et place du monstre auquel elle s'attendait, elle découvrit un garçon mince, à la silhouette si déliée que, pour autant qu'elle put en juger de là où elle se trouvait, Vivien avait l'impression qu'il sortait à peine de l'adolescence. Le pantalon qui constituait toute sa tenue semblait conçu pour être porté par trois individus de son gabarit en même temps, et était resserré à la taille par un long foulard dont la somptueuse soie noire contrastait curieusement avec le cuir brun et usé du vêtement. Si l'aspect diaphane d'Igel White lui donnait l'air d'un sélénite, Leyd, lui, était son indéniable pendant solaire. Ses longs cheveux cascadaient jusqu'au bas de son dos, ondulant légèrement comme un champ de blé mûr au gré du vent d'été. L'or dont ils semblaient tissés étaient légèrement plus clair que celui dont sa peau donnait l'impression d'être enduite. Depuis sa place, Vivien distinguait des yeux sombres, peut-être bruns, qui, soudain, se levèrent vers elle, et plongèrent dans les siens. Leyd ne lui sourit pas, ne lui adressa pas le moindre signe – pourquoi l'aurait-il fait? Il se contenta de battre des paupières, puis se détourna. Vivien, le cœur battant à tout rompre, eut le sentiment que cette fraction de seconde avait duré des heures. Elle jeta un coup d'œil furtif à White qui, assis sur un banc de la première rangée, au niveau du public, regardait le jeune homme prendre les torches, les bouteilles d'alcool et les allumettes que lui tendait une lilliputienne en justaucorps. Leyd la remercia d'un signe de tête et d'un bref sourire, et entreprit d'enduire les extrémités des torches d'alcool tandis que, quelque part, un phonographe se mettait à jouer La Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner.

Puis le numéro commença, et Vivien se dit qu'elle n'avait peut-être pas tout vu ni tout appris, en fin de compte.

C'est Old-Luck-Oie qui l'a dit.

Mercredi 27 janvier 2010 à 23:01

 Les deux torches que Leyd faisait tournoyer au bout de ses bras, chacune enflammée à ses deux extrémités, semblaient à peine toucher ses doigts. Vivien les voyait s'entrecroiser, passer d'une main à l'autre à une vitesse vertigineuse, devant lui, puis dans son dos, puis devant lui à nouveau... A plusieurs reprises, elle se demanda par quel miracle ses cheveux ne prenaient pas feu, mais la beauté de la danse était trop captivante pour qu'elle s'attardât sur la question. Car il dansait avec le feu, ou plutôt le feu dansait avec lui, à la fois joueur et caressant, léchant la peau de ses bras nus sans y laisser de marque, maquillant son visage d'ombres cauchemardesques et de reflets d'or en fusion. Leyd regardait à peine ce qu'il faisait, son visage tranquille dénué d'expression. Vivien remarqua que les battements de son cœur s'intensifiaient à mesure que les mouvements du jongleur s'accéléraient. L'éclairage au gaz avait été éteint, peut-être par mesure de sécurité, ou peut-être tout simplement pour laisser le jeune homme baigné par les seules clartés des flammes et des étoiles au-dessus de lui. Ainsi debout au centre d'un cercle de feu, il pouvait être n'importe quel guerrier maori, n'importe quel chaman indien, n'importe quel être primordial façonnant un monde à partir du brasier originel, qui deviendrait par la suite un Enfer mais qui, pour l'heure, n'était encore qu'inoffensives chaleur et lumière. C'était bel et bien une formidable créature, en fin de compte; le frêle jeune homme s'était transmuté, sous les yeux ébahis de Vivien, en un être tout-puissant, capable de faire manger dans sa main un monstre aussi insaisissable et indomptable que le feu lui-même.

Soudain, elle fut tirée de la transe hypnotique dans laquelle les gestes du garçon l'avaient plongée par l'irruption de deux objets dans le halo lumineux des flammes, de part et d'autre du jeune homme. Avec horreur, elle comprit qu'il s'agissait de deux torches supplémentaires, éteintes, alors même que Leyd les rattrapait sans même y accorder un regard. Sans broncher, il les fit tournoyer avec celles qu'il tenait déjà jusqu'à ce qu'elles s'allument, puis, les tenant à la perpendiculaire des premières, il poursuivit ses mouvements de rotation tout en les faisant passer de mains en mains, deux par deux, puis une par une, avant de les lancer dans les airs et de commencer à jongler avec elles. D'autres vinrent bientôt s'ajouter au vertigineux ballet; Vivien en compta onze. Les gestes de Leyd étaient si rapides que les torches en flammes semblaient se fondre en un cercle continu passant par ses mains presque immobiles.

C'est Old-Luck-Oie qui l'a dit.

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